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Itinéraire culturel du Conseil de l´Europe
Conseil de l´Europe

Catalogue Exposition "Du Monte Gargano au Mont Saint Michel, sur les Chemins du Mont à travers les siècles"

Exposition photographique présentée à l’esplanade de la Croix de Jérusalem, au Mont-Saint-Michel du 28 juin au 6 octobre 2019

catalogue

Réalisée avec l’association Robert de Torigni, les Fraternités monastiques de Jérusalem, avec la collaboration de l’Université de Bari.

Le Monte Gargano (Pouilles) correspond au premier sanctuaire de saint Michel en Occident. Selon la tradition, à la fin du Ve siècle, l’Archange apparut à l’évêque du lieu, pour lui demander la création du sanctuaire. Au Moyen Âge, la grotte représenta un véritable modèle de sanctuaire michaélique : des lieux de culte furent ainsi édifiés en Italie et en Europe à son imitation et en particulier au Mont-Saint-Michel, implantés au sommet de montagnes ou sur des hauteurs.
Le Mont-Saint-Michel, abbaye bénédictine et forteresse imprenable, campée sur un rocher dominant l’océan, a toujours fasciné les hommes. Un texte du IXe siècle rapporte comment Aubert, évêque d’Avranches, y fonda une église sur la demande pressante de l’Archange. Consacrée le 16 octobre 708, elle a été érigée en abbaye en 966 et a connu une très grande célébrité. Après Rome, Jérusalem et avec Compostelle, ce fut l’un des plus grands centres de pèlerinage d’Occident. Avec l’installation des moines bénédictins au Xe siècle et la diffusion des récits de miracles, les pèlerins se firent plus nombreux et c’est à cette époque que l’on trouve pour la première fois le nom des « chemins du Mont-Saint-Michel » dans les archives (1025). Avec les ducs de Normandie, les rois de France ont été nombreux à venir vénérer l’Archange, protecteur traditionnel du Royaume. Les textes signalent aussi la venue des « pastoureaux », ces bandes d’enfants originaires de France, des Flandres et d’Allemagne.
Assiégé en vain par les Anglais pendant plus de trente ans, le Mont fut durant la Guerre de Cent ans considéré comme le symbole de l’héroïque résistance nationale. Mais à partir du milieu du XVIe siècle, il perdit de son intérêt militaire et religieux. En 1790, la Révolution chassa les derniers moines et en fit une prison jusqu’en 1863. Le retour de religieux permit alors la relance du pèlerinage. Aujourd’hui visité par des millions de touristes chaque année, le Mont abrite toujours un sanctuaire de pèlerinage et l’association Les Chemins du Mont-Saint-Michel recréée un réseau de chemins balisés pour suivre les anciens « Chemins montais » et découvrir le patrimoine et l’histoire…
Le Monte Gargano et le Mont-Saint-Michel sont inscrits au patrimoine mondial de l’UNESCO. Le Mont-Saint-Michel est aussi inscrit une seconde fois à l’Unesco car il s’intègre au réseau des Chemins de Saint-Jacques, au XXIe siècle comme au Moyen Âge.


Sanctuaire de Saint-Michel, Monte Sant’Angelo, grotte

Entre la fin du XVIe siècle et le milieu du siècle suivant, Domenico Ginnasio (1586-1607) fit creuser le fond de la grotte pour obtenir un sanctuaire plus spacieux et plus approprié à la solennité des messes pontificales. Au cours des premières décennies du XVIIe siècle, l’espace réservé au « rocher de la grotte sacrée qui sert d’autel, et sur lequel furent trouvées les traces de ses pas, comme celles d’un enfant imprimées dans la neige » (Inventaire de 1678) – rocher que des textes anciens décrivaient « entouré d’une petite grille » (Serafmo Razzi, 1576) –, fut agrandi, entouré de marbre et soustrait aux regards « par des plaques de cuivre que Son Éminence le Cardinal Ginnasio, archevêque de Siponto,fit clouer, afin d’ôter aux hommes la curiosité de regarder » (Inventaire de 1678). Il fallait l’autorisation du cardinal pour avoir le droit de regarder l’Autel des Empreintes à travers une ouverture quadrangulaire pratiquée dans l’enceinte de cuivre, fermée par deux petites portes : « l’une d’elles faite d’une plaque d’argent avec un Saint-Michel en relief, de sorte que l’on voit l’Apparition avec la clé, et une autre de bois, pareillement avec des clés de fer ». La statue de marbre représentant l’archange saint Michel, réalisée au début du XVIe siècle pour l’Autel des Empreintes, remplaça des statues plus anciennes en or et en argent commandées par les membres des maisons royales d’Anjou ou d’Aragon. Le pillage auquel se livrèrent les Français en 1799 causa des dommages incalculables à la basilique. Si le Trésor ne retrouva pas sa splendeur, tous les efforts convergèrent pour rendre au sanctuaire le mobilier du passé. En 1852, on décida d’ériger une nouvelles châsse sur l’autel de saint Michel et les ex-voto en métaux précieux furent vendus pour financer la nouvelle châsse. À l’achèvement des travaux qui furent réalisés conformément au projet, leur coût s’éleva à la somme de 25000 ducats. Les éléments en argent et en cristal de la nouvelle châsse furent transportés à Monte Sant’Angelo et montés sur l’autel le 1er mai 1854


Entrée supérieure du sanctuaire de Monte Sant’Angelo, XIIIe et XIXe siècle

Devant le parvis de la basilique, l’esplanade, qui fut au cours des siècles envahie de constructions, prit le nom d’ « atrium de la colonne », en raison de la présence d’une colonne surmontée d’une statue de l’Archange ; celle-ci fut supprimée en 1865 lors du réaménagement de la place. À cette occasion, l’ouverture du second portail d’entrée, qui reprit la disposition gothique du premier, donnant à la façade de la basilique son aspect actuel. Conservée au Musée lapidaire, une statue de saint Michel que les sources locales reconnaissent comme celle de la niche de la façade d’époque angevine, a été découverte sous l’abat-vent de la façade et attribuée à un artiste méridional de la fin du XIVe siècle


Saint Michel, XIe siècle, image en cuivre doré

Découverte au début du XXe siècle dans un recoin de la grotte surnommée la « carrière des pierres », cette sculpture sur cuivre, sans doute un don votif, représente l’archange Michel terrassant le démon à l’aide d’une longue lance – aujourd’hui perdue –, il s’agit d’un sujet iconographique courant dans la région du Gargano. La faire remonter au VIe siècle comme le soutiennent certains est d’autant moins vraisemblable que les noms Roberto et Balduino gravés sur le support carré sont d’origine normande, c’est à dire entre le XIe et le XIIIe siècle. D’aucuns y ont vu récemment des similitudes avec des miniatures bénéventaines des Xe et XIe siècles. Aussi, une datation médiane entre le Xe et le début du XIe siècle paraît-elle plus convaincante. Il n’est pas à exclure, toutefois, que l’inscription se rapporte à des donateurs normands arrivés, en tant que pèlerins, ou encore qu’elle ait été rajoutée plus tard, au hasard d’une restauration.


Boucliers, casques, armoiries, figures humaines, empreintes de mains et de pieds. Marques gravées par les pèlerins sur la structure du sanctuaire, 1636-1997

« On progressait avec difficulté à travers la foule des pèlerins qui, à chaque pas s’arrêtaient, ou pour dire une prière ou pour graver sur le sol ou les parois, la forme de leur pied ou de leur main. Je ne réussis pas à comprendre ce que signifiait cette coutume : ils disaient qu’ils la faisaient “par dévotion” et un jeune paysan s’offrit à tracer la forme de mon pied, en ajoutant cependant que “ça n’aurait pas fait autant de bien au salut de l’âme de madame, que de le tracer vous-même” [...]. L’immense foule agenouillée au-dessus de la tête de laquelle s’agitait une vague de rameaux de pin ; les prêtres célébrant en habits pompeux, les séminaristes en surplis blanc et les nuages d’encens qui s’élevaient dans cette semi obscurité, tout ressemblait à un rêve » (J. Ross, 1888).


Reconstitution de l’itinéraire du moine Bernard (867) : Bernard et ses compagnons agenouillés devant l’Archange, fresque, XIIIe siècle, Olevano sul Tusciano (Campanie), grotte Saint-Michel

Le témoignage du moine Bernard qui, en route vers la Terre Sainte, fit une halte au sanctuaire au milieu du IXe siècle est, sur ce point, remarquable : « C’est ainsi que, partis de Rome, nous parvînmes au monte Gargano, où, sous un énorme rocher d’un seul tenant, au-dessus duquel poussent des chênes chargés de glands, s’élève l’église de Saint Michel qui, selon la tradition, comme chacun sait, aurait été consacrée par l’Archange lui-même. L’atrium, qui peut contenir cinquante personnes, est au nord. À l’intérieur, vers l’est, il y a une représentation de l’ange ; au sud, il y a un autel sur lequel on célèbre le sacrifice eucharistique et nul autre don ne peut y être déposé. Mais devant l’autel, il y a un vase suspendu dans lequel on dépose les dons votifs et, tout près, d’autres autels. L’abbé de cette église s’appelait Benignatus et était le supérieur d’une communauté nombreuse » (Itinerarium Bernardi monachi).


Apparition à saint Aubert, cartulaire du Mont Saint-Michel, XIIe siècle (Avranches, Bibliothèque patrimoniale, ms 210, f° 4 v°).

Le manuscrit 210 est le Cartulaire rédigé au milieu du XIIe siècle (vers 1149-1155), sous l’abbatiat de Geoffroi ou de Robert de Torigni : il contient quatre dessins en pleine page dont le premier est rehaussé d’or.
L’archange apparaît à l’évêque d’Avranches, Aubert, pour l’inviter à édifier sur le Mont Tombe un sanctuaire consacré à son culte : après deux visites demeurées sans effet, l’archange intervient une troisième fois et manifeste son impatience en touchant le front de l’évêque. Celui-ci repose sur un lit, les yeux ouverts et la tête appuyée sur sa main, réveillé peut-être par le vacarme des cors et des trompettes qui retentissent à toutes les fenêtres du palais épiscopal d’Avranches.
La découverte, au début du XIe siècle, d’un crâne présentant le trou régulier d’une perforation fit aussitôt penser au texte de la Revelatio ecclesiae sancti Michaelis racontant les trois interventions de l’archange auprès d’Aubert : on imagina alors que l’orifice du crâne avait été causé par le doigt de l’archange lors de sa troisième visite


Voyage des clercs envoyés par saint Aubert au Monte Gargano, Bréviaire de Salisbury, dit du duc de Bedford (Paris, 1424-1435) (Paris, BnF, ms lat. 17294 f°. 609 °).

Ce manuscrit, exécuté à Paris vers 1424 pour Jean de Lancastre, duc de Bedford et régent de France (mort en 1435), possède une très riche iconographie avec 46 peintures à demi-page et 4300 petites images.
Après avoir présenté la fondation du sanctuaire du Monte Gargano, l’artiste illustre par de petites enluminures les origines du Mont Saint-Michel autour du texte de la Revelatio ecclesiae sancti Michaelis. L’ensemble occupe quatre pages soit seize médaillons, à raison de quatre images par page. Sont ainsi représentés successivement, du folio 608 au folio 610 : des pèlerins en route vers le Mont entouré d’arbres, l’apparition de saint Michel à saint Aubert, saint Michel montre la grotte où se trouve l’animal dérobé à saint Aubert, l’archange demandant à l’évêque d’Avranches de fonder un édifice à cet endroit, le chantier de construction du Mont, son arrêt par la présence d’énormes rocher et l’intervention miraculeuse de l’archange pour résoudre ces difficultés, saint Aubert surveillant la conduite du chantier. Le folio reproduit illustre le voyage des deux clercs au Monte Gargano pour aller demander des reliques de l’archange au sanctuaire des Pouilles, avec successivement : l’archange invitant saint Aubert à envoyer des clercs au Monte Gargano, leur arrivée sur place, l’évêque de Siponto et l’abbé leur donnant des reliques et enfin leur retour au Mont, rapportant à saint Aubert les précieuses reliques de l’archange. Au dernier folio (non représenté), saint Aubert accueille les premiers pèlerins, il frappe le rocher pour faire jaillir une source au Mont où l’eau manquait, avant de conclure avec deux vues du Mont (abbaye et clerc au travail dans le scriptorium).


Pèlerinage au Mont au XVe siècle, livre d’heures du duc Pierre II de Bretagne (1455-1457) (Bnf, ms lat. 1159, f° 160 v°)

Cette miniature représente l’archange saint Michel vêtu d’une cuirasse et d’un manteau pourpre : de sa main droite il brandit son épée tandis que de son autre main il tient fermement le dragon à forme mi-humaine mi animale. Dans le bas de la page est figuré le Mont Saint-Michel avec son rempart, son village et l’abbaye. Sur les grèves des voyageurs et des pèlerins se dirigent vers l’entrée du Mont. Cette image est l’une des premières représentations du Mont, mais, à la différence des Très Riches Heures du duc de Berry, antérieures de quelques années, il ne s’agit pas d’une représentation réaliste mais de la transcription en image d’une description topographique du site. L’évocation des pèlerins traversant la grève à pied, leur bourdon à la main ou sur l’épaule, ou en chariot pour les amener au sanctuaire, est particulièrement intéressante


Miracle de la femme enceinte au Mont. Jean Miélot, Miracles de Notre-Dame, après 1456 (BnF, ms. fr 9199, f° 37 v°)


Saint Michel, moule d’enseigne trouvée au Mont (fouilles INRAP), XIVe siècle, Avranches, musée d’art et d’histoire


Le Mont-Saint-Michel au milieu du XVIIe siècle, Gaspard Merian, gravure d’après Johannes Peeters (v. 1651) et Procession sur le Pont Neuf de la confrérie Saint-Michel du Mont, avec le Mont et Tombelaine à l’horizon, panneau peint, début XVIIe siècle, Paris, Musée Carvavalet


Pèlerinage au au Mont au XVIIe siècle, image de la confrérie des pèlerins du Mont en l’Ile de la Cité à Paris, 1662, regravée en 1706, (BnF est. Re 13, p. 179)

En 1210, Philippe Auguste fonda en sa chapelle Saint-Michel du palais de la Cité une confrérie de saint Michel l’Ange du Mont de la Mer pour ceux qui avaient fait le pèlerinage au Mont-Tombe. Sa fête était le 16 octobre, jour anniversaire de la consécration du Mont-Saint-Michel. L’image s’inscrit dans un cadre architecturé, couronné du portrait de Louis XIV porté par deux angelots. Des files de coquilles ornent les colonnes corinthiennes de l’édicule ouvrant sur la vision suivante : dans les cieux, l’archange triomphe du démon tandis que des groupes de pèlerins, venus de toute part, traversent les grèves en s’aidant de leur pique pour rejoindre le sanctuaire très schématiquement représenté. Avranches, Bas-Courtils, le Mont-Dol et Notre-Dame de Tombelaine sont aussi indiqués.
Tous les ans, chaque membre de la confrérie recevait un exemplaire de l’image de la confrérie à laquelle il appartenait et il est probable qu’il l’affichait dans son habitation, pour se placer sous la protection du saint. Cette pratique explique sans doute pourquoi ces images de confréries sont aujourd’hui rarissimes et ne sont parfois plus connues qu’en un ou deux exemplaires.


Procession des habitants de Camembert au Mont Saint-Michel, peinture sur bois, 1772 (église de Camembert,Orne)

Œuvre populaire représentant les pèlerins de Camembert arrivant en pèlerinage au Mont Saint-Michel le 21 septembre 1772. Les participants s’avancent en procession sur la grève avec le nom de chacun d’entre eux inscrit à côté de lui. Dans les airs, saint Michel brandit une épée de la main droite et de la main gauche traîne un démon enchaîné. Le drapeau du pèlerinage a lui aussi été conservé et présente l’image de l’Archange peinte au centre de la composition, sur chacune des deux faces (XVIIIe siècle). C’est l’un des derniers drapeaux de pèlerinage connus au XVIIIe et au début du XIXe siècle, souvent mentionnés jusqu’aux années 1900 et aujourd’hui disparus. Au cours du XIXe siècle, l’usage de la bannière va supplanter celui du drapeau au cours des pèlerinages et des processions.


Les pèlerins au Mont-Saint-Michel, Dubouchet, eau-forte, 1888


Couronnement de la statue de saint Michel offerte par Mgr Bravard, évêque de Coutances, église abbatiale, 3 juillet 1877, Duhamel-Marette, 1891, Précey (Manche), église Saint-Berthevin

Cette statue en bois lamée d’argent a été offerte en 1873 par monseigneur Jean-Pierre Bravard, le « sauveur du Mont où il avait installé les pères de Saint-Edme dès 1865, un an après le départ des derniers prisonniers. Cette statue, aujourd’hui déposée à l’église paroissiale du Mont, est le support de la vénération des fidèles depuis cette date. Elle orne les images pieuses, médailles et autres souvenirs de pèlerinage, sans compter des copies en bronze ou des tirages en plâtre installés dans des églises normandes. Son couronnement, réalisé le 4 juillet 1877, a donné lieu à de grandes festivités qui ont rassemblé plus de 20.000 personnes.


Procession de la Saint-Michel à l’esplanade de la Croix de Jérusalem, aménagée en 1889 (puis en 1908) pour célébrer des offices religieux en plein air et accueillir plus de fidèles, vers 1900, carte postale



Cet autel a été aménagé en 1895 quand les Pères de Saint-Edme ont pu aménager le sanctuaire dans l’église paroissiale, au non renouvellement par l’Etat du bail qui leur avait permis d’être à l’abbaye.


Pèlerinage de Vains au Mont, au XVe siècle et vers 1900, Vains, église Saint-Pierre, vitrail, vers 1900


Arrivée au Mont de miquelots venus de Normandie sur les Chemins du Mont-Saint-Michel


Pèlerins assistant aux Vêpres dans l’abbatiale du Mont-Saint-Michel


Carte des Chemins du Mont-Saint-Michel dans le Nord-ouest de la France et à l’échelle de l’Europe avec les tracés en cours d’aménagement


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